Frais déductibles de l’indépendant : ce qui passe, ce qui ne passe pas
La loi tient en une phrase. Tout le reste — le véhicule, le bureau à la maison, les repas, le téléphone — est une question de preuve, et la preuve se construit pendant l’année, pas au moment de la déclaration.
Vérifié le 21 septembre 2026 — art. 27 LIFD, art. 957, 957a et 958f CO, barèmes AVS/AI/APG au 1er janvier 2026, plafonds du pilier 3a 2026.
La règle, en une phrase
L’article 27 alinéa 1 de la loi sur l’impôt fédéral direct dit ceci : les contribuables exerçant une activité lucrative indépendante peuvent déduire « les frais qui sont justifiés par l’usage commercial ou professionnel ».
Il n’y a pas de liste fermée. Il n’y a pas de barème forfaitaire fédéral pour l’indépendant comme il en existe pour le salarié. Il y a un critère, et c’est vous qui devez démontrer qu’une dépense le remplit.
C’est la conséquence la plus mal comprise du statut : l’administration n’a pas à prouver qu’une charge est privée. C’est à vous de prouver qu’elle est commerciale. Une dépense que vous ne pouvez pas rattacher à une prestation, à un client ou à un outil de travail sera reprise, et elle le sera d’autant plus facilement qu’elle est confortable.
Ce que la loi cite nommément
L’alinéa 2 de l’article 27 énumère ce qui fait « notamment » partie des frais justifiés :
- les amortissements et les provisions au sens des articles 28 et 29 LIFD ;
- les pertes effectives sur des éléments de la fortune commerciale, à condition qu’elles aient été comptabilisées ;
- les versements à des institutions de prévoyance en faveur du personnel de l’entreprise, pour autant que toute utilisation contraire à leur but soit exclue ;
- les intérêts des dettes commerciales ;
- les frais de formation et de formation continue à des fins professionnelles du personnel, frais de reconversion compris ;
- les sanctions visant à réduire le bénéfice, dans la mesure où elles n’ont pas de caractère pénal.
La condition glissée dans le deuxième tiret vaut pour tout le reste : une charge qui n’est pas comptabilisée n’existe pas fiscalement. C’est le point sur lequel se perdent le plus de déductions légitimes.
Ce que la loi exclut nommément
L’alinéa 3 est court et sans nuance. Ne sont pas déductibles :
- les versements de commissions occultes au sens du droit pénal suisse ;
- les dépenses qui permettent la commission d’infractions ou qui constituent la contrepartie à la commission d’infractions ;
- les amendes et les peines pécuniaires ;
- les sanctions financières administratives, dans la mesure où elles ont un caractère pénal.
L’amende de stationnement prise en tournée chez un client n’est donc pas déductible, même si le déplacement l’était. La distinction n’est pas morale, elle est légale : le législateur a voulu que la sanction reste supportée par celui qui l’a méritée.
Les postes où ça se joue vraiment
En pratique, les reprises portent presque toujours sur les mêmes six postes, et toujours pour la même raison : la part privée.
Le véhicule
C’est le poste le plus repris de tous. Sans carnet de bord, l’administration applique une part privée forfaitaire, et elle la fixe à son avantage. Un carnet tenu au kilomètre — date, trajet, motif, client — coûte dix minutes par semaine et vaut souvent plusieurs milliers de francs sur un contrôle.
Le bureau à domicile
Déductible si la pièce est affectée à l’activité et si vous n’avez pas d’autre local à disposition. La quote-part se calcule sur la surface, pas sur l’impression. Une table dans le salon ne fait pas un bureau ; une chambre transformée, oui.
Les repas
Le repas pris seul est un frais de subsistance : privé. Le repas d’affaires est déductible, mais il se documente — le nom de l’invité et l’objet de la rencontre notés au dos du justificatif suffisent, et rien ne les remplace deux ans plus tard.
Téléphone et connexion
Rarement admis à cent pour cent quand l’abonnement est unique. Deux abonnements séparés règlent la question une fois pour toutes et coûtent moins cher qu’une discussion avec un taxateur.
Les vêtements
Déductibles seulement s’ils ne sont pas portables en dehors du travail : tenue de sécurité, blouse, uniforme marqué. Un costume reste un costume, quelle que soit la fréquence des rendez-vous.
La formation
La loi vise expressément la formation du personnel. Pour l’indépendant lui-même, la formation qui maintient ou développe l’activité existante passe en charge ; celle qui ouvre une activité nouvelle relève d’une autre logique et se discute.
Les cotisations sociales, un cas à part
Vos cotisations personnelles AVS, AI et APG sont déductibles du revenu imposable. La caisse de compensation le sait, et c’est pourquoi elle les réintègre au revenu net que lui communique le fisc avant de recalculer : « les cotisations personnelles à l’AVS, à l’AI et aux APG déjà payées sont rajoutées au revenu net selon la taxation fiscale ».
Au 1er janvier 2026, le taux plein est de 10,0 % — 8,1 % d’AVS, 1,4 % d’AI, 0,5 % d’APG — auxquels s’ajoutent les frais d’administration de la caisse. En dessous de 60 500 francs de revenu annuel, un barème dégressif s’applique, et en dessous de 10 100 francs la cotisation minimale est de 530 francs par an.
La caisse déduit par ailleurs du revenu déterminant un intérêt sur le capital propre investi dans l’entreprise. C’est une déduction qui ne se réclame pas : elle suppose simplement que le capital propre figure correctement au bilan.
Côté prévoyance, l’indépendant sans caisse de pension peut verser au pilier 3a 20 % de son revenu net d’activité, au maximum 36 288 francs en 2026. Avec une caisse de pension, le plafond retombe à 7 258 francs. C’est, de loin, la déduction la plus rentable disponible à un indépendant — et la plus souvent sous-utilisée.
La comptabilité décide de la déduction
Tout ce qui précède suppose une comptabilité. Le Code des obligations fixe le seuil à l’article 957 : au-delà de 500 000 francs de chiffre d’affaires lors du dernier exercice, l’entreprise individuelle tient une comptabilité complète et présente des comptes. En dessous, elle ne tient qu’« une comptabilité des recettes et des dépenses ainsi que du patrimoine ».
« Ne tient qu’une » est trompeur. L’alinéa 3 précise que le principe de régularité s’applique par analogie, et l’article 957a le définit : enregistrement intégral, fidèle et systématique, justification de chaque enregistrement par une pièce comptable, clarté, traçabilité. Une comptabilité simplifiée reste une comptabilité.
L’article 958f impose enfin de conserver les livres et les pièces dix ans, le délai courant dès la fin de l’exercice. La conservation électronique est admise pour autant que le lien avec les transactions soit garanti et que la lecture reste possible en toutes circonstances — ce qui exclut le disque dur d’un ordinateur remplacé entre-temps.
C’est la raison pour laquelle nous insistons autant sur la saisie continue plutôt que sur le classeur rattrapé en mars. Une charge saisie au moment où elle naît, avec sa pièce, est une charge défendable. La même charge reconstituée onze mois plus tard est une charge à négocier.
Votre situation ne se règle pas par une liste
La part privée d’un véhicule, la surface d’un bureau, le sort d’une formation : ce sont des arbitrages, et ils se prennent mieux avant l’exercice qu’après. Dites-nous où vous en êtes.